Position latérale de sécurité

Date affichée
du 30 janvier au 20 avril 2019

Position latérale de sécurité

Bétonsalon - Centre d'art et de recherche & Villa Vassilieff

Visuel
Dala Nasser, Sans titre (détail), 2018, sumac, menthe, charbon, latex liquide, habillage d’échafaudage, résine, 190 x 130 cm. Courtesy de l’artiste.
Dala Nasser, Sans titre (détail), 2018, sumac, menthe, charbon, latex liquide, habillage d’échafaudage, résine, 190 x 130 cm. Courtesy de l’artiste.

Bétonsalon - Centre d’art et de recher­che est heu­reux de pré­sen­ter Position laté­rale de sécu­rité, une expo­si­tion col­lec­tive qui inter­roge la place de la vio­lence et des conflits dans les rela­tions socia­les et poli­ti­ques. Les dix artis­tes met­tent en évidence le régime d’émotions et d’affects créé par la vio­lence, avec une atten­tion par­ti­cu­lière à la manière dont elle s’incarne dans des récits sin­gu­liers et inti­mes. L’expo­si­tion pré­sente des nou­vel­les pro­duc­tions ainsi que des œuvres exis­tan­tes dans des for­mats adap­tés à l’espace de Bétonsalon. Elle est la pre­mière pré­sen­ta­tion en France des œuvres des Liverpool Black Women Filmmakers & Rehana Zaman, de Georgia Lucas-Going, de Dala Nasser, de Kameelah Janan Rasheed et de Patrick Staff.

Qu’elle soit sociale ou phy­si­que, la vio­lence cons­ti­tue un mode de dis­cours contro­versé qui met en évidence des socié­tés et des indi­vi­dus en conflit. La vio­lence marque une rup­ture dans le dia­lo­gue et l’établissement de nou­veaux rap­ports de force, de domi­na­tion, et aussi de résis­tance qui pla­cent ses acteurs et actri­ces dans une posi­tion où la neu­tra­lité n’est plus pos­si­ble. Qu’il s’agisse de vio­lence de classe, de race ou de genre, on peut en être à l’ori­gine, en être vic­time ou en être com­plice, mais jamais témoin inno­cent. L’artiste n’est pas hors de cette rela­tion mais en fait partie, lui don­nant une res­pon­sa­bi­lité par­ti­cu­lière.

Les artis­tes par­ti­ci­pant à Position laté­rale de sécu­rité inter­ro­gent le rôle et la cons­truc­tion de la vio­lence dans leurs socié­tés. Ils et elles ques­tion­nent la légi­ti­mité de celles et ceux qui l’exer­cent, brouillant la bina­rité des sta­tuts de vic­time et de cou­pa­ble. Chacune des œuvres aborde, avec des degrés d’impli­ca­tion dif­fé­rents, des conflits que les artis­tes ne refu­sent pas de regar­der. Tous et toutes pren­nent le parti de poli­ti­ser les corps et les émotions, lieux inti­mes où se déploient la vio­lence et les luttes de pou­voir.

L’expo­si­tion établit des dia­lo­gues for­mels entre jeunes artis­tes et artis­tes plus confirmé.e.s, créant une suite d’échanges inti­mes et per­son­nels. Elle engen­dre aussi des conver­sa­tions poli­ti­ques entre des artis­tes influencé.e.s par les pra­ti­ques queer et fémi­nis­tes inter­sec­tion­nel­les bien établies Outre-Manche et Outre-Atlantique, dans le contexte d’une scène fran­çaise qui s’inter­roge sur la manière d’adap­ter ce voca­bu­laire et ces récits à ses enjeux pro­pres.

Certaines œuvres met­tent l’accent sur des pra­ti­ques poli­ti­ques col­lec­ti­ves, notam­ment la vidéo How Does an Invisible Boy Disappear ?, issue de la col­la­bo­ra­tion entre le col­lec­tif Liverpool Black Women Filmmakers et l’artiste Rehana Zaman. L’œuvre traite de la vio­lence sociale des rela­tions racia­les et urbai­nes en Angleterre, les mêlant aux dis­cours, peurs et désirs d’un groupe d’ado­les­cen­tes du quar­tier défa­vo­risé de Toxteth à Liverpool. L’artiste, poé­tesse et éducatrice Kameelah Janan Rasheed inves­tit la baie vitrée de Bétonsalon avec des slo­gans-poèmes, inter­pel­lant le public face aux dis­cours qui ques­tion­nent la légi­ti­mité de la colère, la rage et la vio­lence des grou­pes oppri­més. Les pein­tu­res de Xinyi Cheng et Nathanaëlle Herbelin met­tent en rela­tion des corps avec leur envi­ron­ne­ment, où se nouent gestes quo­ti­diens, jeux de pou­voir et tra­gé­dies qui les dépas­sent. Le film de Patrick Staff, depol­lute, consi­dère sans conces­sion la maté­ria­li­sa­tion du poli­ti­que, jusqu’à la vio­lence faite à son propre corps. Les clips per­for­més de Georgia Lucas-Going jouent d’un humour cin­glant et per­son­nel qui contre­ba­lance et appuie la gra­vité des thèmes évoqués ; un humour également pré­sent dans les ins­tal­la­tions sculp­tu­ra­les de Thelma Cappello et Adrian Mabileau Ebrahimi Tajadod. Dans Comfort Zone, les déli­cats slings de back-room d’Hamid Shams rap­pel­lent l’ambi­guïté des rap­ports de domi­na­tion et de sou­mis­sion à tra­vers un envi­ron­ne­ment à la fois public et domes­ti­que. Enfin, les ban­niè­res abs­trai­tes de Dala Nasser offrent un rap­port plus dis­tant mais non moins inci­sif aux matiè­res pre­miè­res qui com­po­sent la vio­lence du monde.

Bétonsalon - Centre d'art et de recherche

9 esplanade Pierre Vidal-Naquet

75013 Paris

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